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Les élèves rencontrent un déporté

Par admin francois-mansart, publié le jeudi 26 avril 2018 13:11 - Mis à jour le jeudi 26 avril 2018 13:12

Simon Huguet, élève de 1°ES vous propose un très beau texte autour de cette rencontre.

Ce Jeudi 8 mars 2018 nous avons, nous élèves du lycée de François Mansart à Thizy-les-Bourgs, assisté au témoignage d’un homme qui en a vécu beaucoup plus en une vie qu’aucun humain ne devrait le faire, Benjamin Orenstein. Cet homme juif, de par sa famille, et habitant en Pologne, pendant son enfance a malheureusement comme beaucoup d’autres fait face au pire de l’horreur humaine avec la Shoah pendant la Seconde Guerre Mondiale sous le régime Nazi.

Cet homme est un des seuls survivants de cette période sombre de l’humanité. Un des seuls survivants sur des millions de personnes. 40% des juifs présents dans le monde périrent de 1939 à 1945. 20% de la population polonaise de l’époque était juive, même pas un pourcent a survécu. Il a réussi contrairement à ses malheureux compagnons de misère.

Benjamin Orenstein était très jeune en 1939, il avait treize ans. Même pas une quinzaine d’années et il était déjà confronté au pire de ce que l’humanité pouvait fournir. Il a en réalité subi l’antisémitisme depuis ses sept ans avec ses camarades d’écoles et les autres adultes le dénigrant. Monsieur Orenstein vivait avec sa famille composée de son père, sa mère, ses trois frères dont il était le cadet et sa sœur. De sa famille de sept personnes, il est malheureusement le seul survivant.

Son témoignage oral était poignant de détails et le ton parfois humoristique qu’il prenait pourrait choquer certains. La plupart se demanderaient sûrement « Comment arrive-t-il à en rire ? Avec tout ce qui lui est arrivé à lui et sa famille ? C’est horrible ! » On pourrait sûrement leur répondre « Il le fait pour se protéger. C’est une barrière nécessaire à force de faire des témoignages, c’est compréhensible ».

Certains moments m’ont particulièrement marqué. Je retiens notamment le moment où le jeune Benjamin Orenstein a vu son père se raser la barbe alors qu’il en portait une longue et belle qu’il arborait fièrement car certains SS attrapaient les juifs au hasard dans la rue et leur arrachait la barbe à la baïonnette (en arrachant également une partie du visage au passage). Imaginez le choc pour un enfant ayant vu son père toute sa vie avec une magnifique barbe. Priver un homme de sa barbe c’est comme le priver de sa fierté. Commencer à lui ôter son statut d’humain.

Un autre des moments qui m’a particulièrement marqué et qu’on a vu tout au long du témoignage c’est le dévouement et le courage de ce jeune garçon confronté à l’horreur. Quand son père s’est fait emporter dans un camp de concentration à cause d’une rafle leur famille s’en retrouve bouleversée. Quand son grand frère arrive à la maison et lui demande s’il est prêt à remplacer son père dans un camp de concentration a-t-il hésité ? Non. Benjamin Orenstein, treize ans. Son père, a un âge avancé. A-t-il réfléchi à cela ? Non. Il n’a pas réfléchi à son avenir. Il a juste voulu sauver son père. Ferions-nous tous ce choix ? Certains se diraient peut-être « J’ai encore toute ma vie à vivre ! Mon père a fait son temps c’est triste mais c’est la dure réalité de la vie ». Nous ne pouvons pas vraiment savoir ce que nous dirions dans cette situation. Nous nous mettons obligatoirement à sa place dans une situation pareille. J’aurais choisi comme lui pour ma part. Mon père, un homme plus que respectable pour qui je donnerais ma vie comme il m’a donné la mienne. Benjamin a dû se dire la même chose.

Son manque d’hésitation et son courage tout au long de l’horreur est exemplaire. Comment a-t-il fait ? Comment fait-t-il encore aujourd’hui ? Personne ne peut savoir si ce n’est les personnes qui ont également vécu l’enfer sur Terre.

Benjamin Orenstein est un survivant. Ou peut-être un revenant comme dirait Jorge Semprun ayant également fait face à cet enfer. Son courage et sa chance phénoménale lui ont permis de survivre parfois par hasard sans vraiment connaître les répercussions futures de ses décisions pour la plupart instinctives. Il est un survivant.

Nous ne pourrons jamais mesurer toute l’ampleur de ce qu’il a vécu et encore moins le ressentir. Mais nous nous devons de transmettre sa mémoire. Car nous devons nous souvenir. Nous devons nous souvenir pour ne plus que cela se reproduise. Nous souvenir pour ne pas que ces vaillantes personnes ayant fréquenté la mort soient oubliées. Les survivants ne sont pas éternels, les témoignages eux le sont.

Nous devons nous rappeler et transmettre leurs mémoires. Car à présent, nous sommes les témoins des témoins.


Simon Huguet - 1°ES